• Black Facebook Icon
  • Black Instagram Icon
  • Noir Icône YouTube

ATTENTION : article pour public averti

SÉRIE :
Un Samedi érotique
Épisode 5 : Histoires de fesses

Et si 2021 était une année érotique ? Depuis des siècles les arts se nourrissent des fantasmes les plus profonds du genre humain, de ses canons anatomiques, de ses pulsions et de son pouvoir de séduction. La Palette Dorée, produit par HASHT-ART propose chaque samedi de partir à la découverte de ce monde parallèle dans lequel nous aimons tant nous perdre. Vous pourrez intimement ou publiquement apprécier les formes et la luxure des œuvres d’art, ses scandales et ses chef-d’œuvres.

Publié le 06 Février 2021 par Sophie Mahon

Odalisque_brune_Boucher.jpg

L'Odalisque (détail), vers 1745, huile sur toile

François Boucher (1703-1770)

Musée du Louvre, Paris

Crédits photos : © RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Tony Querrec

Plus nous avançons dans le temps, plus l'Érotisme devient concret vous ne trouvez pas ? Une fois de plus, les fesses sont à l'honneur dans ce nouvel épisode. Mais après celles des nus masculins de Michel-Ange, passons à celles des femmes, et en particulier celles de la période galante du XVIIIème siècle. Après la fin de règne pieuse du Roi Louis XIV, l'Histoire de l'Art délaisse un temps les représentations religieuses et mythologiques pour se tourner vers la Fête, la Légèreté, le Libertinage, le Badinage et bien entendu l'Amour. La Palette Dorée vous raconte les histoires coquines qui se cachent derrière ces jolies fesses.

Badiner avec l'Amour

Au XVIIIème siècle, des lambris de Versailles aux décors des petites maisons et des boudoirs, la peinture prit, par la sensualité et les situations qu’elle suggère, une place toute particulière. La période de la régence, plus libre, plus moderne peut-être, fut sous la houlette moins rude de Philippe de Valois, le neveu de Louis XIV, le régent donc, indulgente et même encourageante. De grands artistes réinventèrent l’éros de leur époque, au premier rang desquels Watteau, Boucher et Fragonard, offrirent une liberté nouvelle. Liberté qui déborde largement la question de l’art pour colorer les mouvements intellectuels et sociologiques de cette période de mutation (le Siècle des Lumières), entre le grand siècle de Louis XIV et la Révolution française.

Petite jeune fille allongée

Louis XV, malgré les amours que nous lui connaissons comme Madame de Pompadour ou la Comtesse du Barry, eut un certain nombre de maîtresses, et souvent très jeunes. 

En 1751, le peintre François Boucher choisit pour modèle la jeune maîtresse du roi, Marie-Louis O'Murphy (surnommée Mademoiselle O'Murphy), dite la petite maîtresse. À l'époque, le terme « petite maîtresse » désignait les maîtresses de Louis XV qui ne furent pas présentées à la cour et qui, contrairement aux maîtresses officielles, ne disposaient pas d'un appartement au château. Elles étaient généralement recrutées par les valets de chambre du roi dans les milieux de la galanterie ou de la petite bourgeoisie parisienne. Marie-Louise O'Murphy fut l'une de celles-ci, pendant trois années, de 1752 à 1755.

À son époque, la peinture de la Fille allongée fut considérée comme le nu le plus malicieusement érotique de la Peinture Rococo française. La toile représente une jeune fille nue allongée sur un canapé, dans une chambre somptueusement meublée. Le sujet érotique de l'image est clairement souligné par la posture de la jeune fille. Les jambes sont écartées, mettant en valeur les courbes féminines. Le visage est représenté dans une expression profonde, comme si la fille regardait une scène attirant son attention. Il est libre au spectateur d'imaginer ce qui attirerait son attention. serait-ce le Roi ? Un autre amant ?

François_Boucher,_Ruhendes_Mädchen_(1751

Jeune Fille Allongée, 1751

François Boucher (1703-1770)

Huile sur toile, 59,5 × 73,5 cm

Musée Wallraf Richartz, Cologne, Allemagne

Crédits photos : © Wallraf-Richartz-Museum

Le regard indiscret

Le tableau est l'un des rares nus féminins de Watteau. Si cette pratique était déjà inhabituelle, la peinture est extraordinaire pour montrer un nu féminin dans un environnement temporaire, en dehors du contexte de la peinture d'Histoire. 

Le spectateur peut y admirer une dame enfiler ou retirer une chemise, tandis que sa femme de chambre lui tend une robe. Watteau passa des soirées à dessiner des modèles féminins, chose rare à l'époque où le nu masculin était constamment pris comme modèle par les grands artistes académiques. Ce furent probablement ces séances de croquis nocturnes et l'influence d'une telle compagnie qui inspirèrent le jeune artiste à peindre les sujets licencieux dont il se repentit vers la fin de sa vie.

La jeune femme semble surprise par la présence du spectateur, prise sur le fait d'un moment d'intimité. Mais elle semble sourire, comme si elle était amusée de cette position de voyeur sur son corps nu, et ses fesses qu'elle semble offrir sans complexe à notre regard indiscret, nous invitant à la rejoindre.

"Couvrez ce sexe que nous ne saurions voir !"

Une fois de plus, nous sommes positionnés à la place d'un spectateur au regard coquin et parfois furtif. Et une fois encore, notre regard est dirigé vers une seule chose, les fesses, voire même le sexe de la jeune demoiselle, encore prise sur le fait d'un moment d'intimité, à une époque où les boudoirs, ces petits espaces élégants, dont seules les dames avaient accès pour se détendre, voire plus.

 

Dans ce tableau, une jeune fille fait danser son chien sur son lit. Ce tableau, appelé La Gimblette désigne des petites pâtisseries sèches en forme d’anneaux. Sur certaines versions de ce tableau, la jeune fille tient d’une main une gimblette qu’elle tend au petit animal. Le grand rideau jaune du lit, largement ouvert devant nous, rend invisible la jeune fille depuis la porte que nous distinguons sur la gauche. Cette porte indiquerait la possibilité d’une effraction voyeuriste, l’effraction même que nous pratiquerions en regardant cette scène intime. La queue du chien dissimule le sexe de la jeune fille, et la raie de ses fesses. C’est la pliure rose sous son genou et l’ombre sous son mollet qui désignent, par un léger déplacement, l'entrejambe, interdit au regard.

Jean-honore-Fragonard-Young-Woman-Playin

Jeune fille faisant jouer son chien sur son lit, vers 1775

Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)

Huile sur toile, 87 x 70 cm

Fondation Cailleux, Paris

Crédits photos : © Fondation Cailleux

eMuseumPlus.jpg

Femme à sa toilette, c.1717-1719

Antoine Watteau (1684-1721)

Huile sur toile, 45,2 x 37,8 cm

Wallace Collection, Londres, Royaume-Uni

Crédits photos : © Wallace Collection

Jeune_fille_et_son_chien,_Jean-Honoré_Fr

La Gimblette, vers 1777

Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)

Huile sur toile, 89 x 70 cm

Bayerische Staatsgemäldesammlungen, Munich, Allemagne

Crédits photos : © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BStGS

"Et mes fesses ? Tu les aimes mes fesses ?"

Premier peintre du Roi Louis XV et directeur de l’Académie royale de peinture et de sculpture, François Boucher mena une des plus brillantes carrières artistiques du Siècle des Lumières. En 1765, alors qu’il est au sommet de sa carrière, une gravure équivoque divulgue au public la composition d’une de ses œuvres érotiques les plus audacieuses : une belle jeune femme brune, voluptueuse et dénudée, étendue sur un sofa d’inspiration turque. L’œuvre semble évoquer autant un imaginaire du harem que l’univers des romans licencieux.

Odalisque_brune_Boucher.jpg

L'Odalisque (détail), vers 1745, huile sur toile

François Boucher (1703-1770)

Musée du Louvre, Paris

Crédits photos : © RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Tony Querrec

Peinte en 1745, L’Odalisque Brune (désignant l'esclave attachée au service des femmes d'un harem) compte parmi ces peintures secrètes dont le XVIIIème siècle libertin était avide. Peinte pour un amateur discret, elle fut le fruit de ce siècle curieux de tout, et épris de Liberté autant que de Licence. Le spectacle impudique du corps abandonné au désordre des étoffes confère un caractère délibérément licencieux à ce tableau. La position que Boucher fit prendre à la jeune femme se veut aguicheuse, voire inconvenante.

Les fesses attirent directement le regard. Le fessier correspond parfaitement au centre géométrique du tableau, de manière malicieuse et un peu provocatrice de la part de l’artiste. Ainsi, le pli des fesses apportent à l’oeil une certaine satisfaction. La jeune femme se retourne, surprise, dérangée par le spectateur, pénétrant dans un espace intime qui ne lui était pas destiné. Décidément, on aimait bien "mater" au XVIIème siècle !

Derrière cet appel au Voyeurisme et cette leçon d’Érotisme, Boucher créa aussi un hymne à la Beauté, et nous immerge dans un monde, où la jouissance est le maître mot : jouissance du corps, des textiles, des objets, mais également de l’art de peindre.

Autant dire que des fesses dans l'Art, nous n'avons pas fini d'en voir. Cette période est par ailleurs bien connue de tous cet esprit des Lumières, ce relâchement des moeurs, ces petites histoires coquines et ces badinages. La suite avec le Roi Louis XVI et Marie-Antoinette suivra cette mouvance, mais sera stoppée par un des périodes les plus historiques et les plus sanglantes de l'Histoire de France : La Révolution Française.